Le 12 décembre 2017, j’ai eu le plaisir de répondre aux questions de Rebecca Makonnen sur les ondes de Radio-Canada pour parler d’art de rue à Beyrouth.

Revenant d’un 5ᵉ voyage au Liban où je me trouvais pour la réalisation d’un documentaire de Syrian Eyes of the World, mon regard a été attiré une fois de plus par l’art de rue qui est en pleine floraison dans la capitale libanaise.

Vous pouvez écouter l’entretien (8 min 29 s) sur le site web ou en podcast.

Je suis aussi heureux d’avoir pu présenter, pour compléter l’entrevue, un album de 16 photos pour l’émission On dira ce qu’on voudra.

Pour préparer l’entrevue, j’ai posé des questions aux artistes de rue JRel Seed et Ashekman pour mieux comprendre leur travail, voici ce qu’ils avaient à dire.


 

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Tu peux faire ton travail autant dans des galeries et des musées que dans des favelas et des camps de réfugiés.

Est-ce que ton approche diffère selon le lieu où tu travailles ?

JR: « Mon approche de diffère jamais, c’est ma manière de travailler quel que soit le contexte. Je travaille avec les gens directement. »


 

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« Ce que j’apprécie le plus dans mon travail, ce n’est pas le processus technique ou le challenge artistique, mais l’expérience humaine. J’essaie de toujours créer une oeuvre qui parle à la communauté. C’est le seul moyen pour moi de créer un lien. J’essaie d’être pertinent et cohérent dans mon oeuvre pour être sûr que la population et la communauté accepte l’oeuvre et la préserve. Et surtout qu’elle arrive à se connecter à elle. Quand les gens sentent qu’on s’intéresse à eux, ils s’ouvrent à vous. »

eL Seed


“ Witnessing the war in Lebanon and the Middle East surely shaped our personality and was part of our collective memory. Our first encounter to street art was when local fighting militias stenciled the logo of their party in different neighborhoods to claim them. One of our main inspiration was war. // Our main objective with “Operation Salam” is to shed the light on our region and to say that we want to live in “Salam” (peace in harmony) because the Arab/Lebanese youth believe in tolerance and want to live and grow like any other nation. We were proud to give back to the society by beautifying a part of the city that was abandoned due to the last rounds of battles that ended two years ago in Tripoli. ”

Ashekman


Voici donc une série de photos que j’ai prises lors de voyages au Liban depuis 2013, une simple fraction de tout ce qui se fait actuellement au Liban. J’espère piquer votre curiosité avec ces quelques exemples.

Les traces des balles perdues sont présentes partout au Liban. Parfois, les murs frappés sont volontairement maintenus pour ne pas effacer cette partie de l’histoire du pays. Dans certains cas, ces murs deviennent une toile de création urbaine que les fantômes de la guerre hantent encore.

Les Libanaises et Libanais ont beaucoup d’ambition. L’objectif ici est de mettre un cèdre, l’emblème du Liban qu’on trouve dans le drapeau du pays, sur la lune !

Les messages qu’on voit sur les murs de Beyrouth sont principalement en arabe et en anglais. Ici, une question à l’allure banale, mais au fond philosophique: Si vous deviez quitter votre siège pendant cinq minutes, à qui feriez-vous confiance pour surveiller vos biens ?

Les messages qu’on voit sur les murs de Beyrouth sont principalement en arabe et en anglais.

« Garde ton coeur rempli. »

Le Liban est un pays où la voiture est reine. Ici, des pneus sont colorés et utilisés comme le pot d’une plante. On trouve peu de parcs et de grands espaces de verdure dans la capitale du pays.

La reproduction d’une œuvre de Banksy est affichée dans une rue à caractère traditionnel. Une porte de garage sur laquelle sont peints deux soldats qui sont eux-mêmes en train de peindre un signe de paix d’une couleur rouge pouvant rappeler le sang.

Pastiche du célèbre slogan anglais de la Deuxième Guerre mondiale, «Keep Calm and Carry On», ici on peut lire, dans un mélange d’anglais et d’arabe typique du Liban: «Reste calme et relaxe un peu !»

Parfois, les créations sont toutes simples et plutôt humoristiques.

Tous les graffitis ne sont pas joviaux. Ici, dans un quartier arménien de Beyrouth, on lit tout simplement la remarque «Fuck la Turquie».

L’influence de la présence de centaines de milliers de Syriens qui ont fui leur pays à cause de la guerre se fait sentir au Liban, dans les graffitis aussi. Ici, le message «Free Syria», qui peut être traduit par «Syrie libre» ou comme un ordre: «Libérez la Syrie».

Sur le bord de la route, un message d’encouragement pour les enfants, peu importe leur âge.

La télévision, arme de distraction? Commentaire en référence aux armes de destruction massive desquelles on a beaucoup entendu parler avant l’invasion de l’Iraq par les États-Unis en 2013. Devant cette porte de garage se trouve Ghazi, un Libanais dans la cinquantaine, sans domicile fixe qui, pour survivre, vend entre autres des biscuits, des noix et de la gomme.

Le contraste entre les nouvelles et anciennes constructions est visible partout au Liban.

Plusieurs murs à Beyrouth rappellent les cicatrices de la guerre civile de 1975 à 1990 avec les trous de balles de fusils dont on voit encore les traces aujourd’hui.

Une fenêtre peinturée avec vue sur la mer, alors qu’à côté d’elle, les vraies fenêtres sont barricadées.